Lettre à François Bégaudeau

par malettreouverte

Cher Monsieur Bégaudeau,

Je vous ai vu, un samedi dans l’émission de Laurent Ruquier. Je n’ai pas lu le livre que vous présentiez, et je ne veux pas vous parlez de ça. Je ne vous parlerais pas non plus de la médiocrité des attaques dont vous fûtes l’objet.

Non, simplement j’aimerais vous demander une faveur : arrêtez s’il vous plaît, de mentionner des auteurs et des notions qu’à l’évidence, vous ne maîtrisez pas du tout. La vision deleuzienne de la littérature et son « bégaiement » n’ont rien à voir avec ce que vous invoquiez ce soir-là. La position de Rancière à laquelle vous faites allusion est infiniment plus subtile et complexe que celle que vous présentiez. Je ne dis pas que vous êtes bête, ou bon à rien – je vous trouve d’ailleurs très bon comédien. Seulement, laissez la philosophie tranquille. Vous avez le travers de tous les professeurs de lettres modernes qui s’octroient le droit d’utiliser la philosophie comme un outil rhétorique ou une grille de lecture. Soit, mais vous passez à la télévision et je peux vous assurer que ça m’écorche les oreilles d’entendre Deleuze vulgarisé à ce point, jusqu’au contre-sens. Ce sont des pensées très compliquées dont on ne peut pas se servir comme on veut. Les deleuziens eux-mêmes prennent des pincettes, et débattent pendant des heures sur des points très précis de son système conceptuel. Vous ne pouvez pas en parler comme ça sans sentir la malhonnêteté intellectuelle qui se cache derrière. Si vous allez à la télévision pour participer à ces débats creux, vides, et sans intérêt, c’est un choix, mais laissez les vrais penseurs tranquilles.

Vous ne mesurez pas les conséquences dramatiques que peut avoir la vulgarisation des grandes pensées – on va jusqu’au contresens et on simplifie des données dont toute la richesse tient précisément à leur complexité.

Arrêtez donc, s’il vous plaît, d’invoquer la philosophie pour des choses simplettes.

Merci.

Alain B.

 

Tous droits réservés – Ma Lettre Ouverte –

ISSN  2275-3044

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